T comme Tailleur d'habits

Publié le par Dominique

Alphonse, jeune homme, 2ème droite. Atelier de couture à Moyenmoutier.
Alphonse, jeune homme, 2ème droite. Atelier de couture à Moyenmoutier.

Ses aïeux, sur quelques générations, furent des maréchaux-ferrants. Alphonse rompit la tradition familiale. Pour quelle raison ? N'en avait-il pas la constitution physique suffisante ? Pas assez "costaud" ? Déjà tuberculeux ? Parce que souffrant d'une légère atrophie du membre droit, dixit son registre de matricule militaire ?
Quoiqu'il en soit, il devint tailleur d'habits. Pour autant que je le sache, il fut le premier et le dernier de cette profession dans la lignée "Valentin".
Je dispose d'une photo de lui, dans un atelier de couture, à Moyenmoutier, Vosges, Lorraine.
Était-il attiré par ce métier ? L'avait-il choisi ? Eut-il une formation ? Apprit-il sur le tas ? En 1871 était édité "Le livre tailleur enseignant la coupe des vêtements en quinze minutes avec démonstrations et en une heure sans maitre", écrit par Jules Despax. Peut-être l'a-t-il parcouru ?

Alphonse, atelier de couture,14ème RTA
Alphonse, atelier de couture,14ème RTA

Grâce à son registre de matricule militaire, je sais qu'avant son incorporation, en 1912, il résidait et travaillait à Nancy, Meurthe-et-Moselle, Lorraine.
La guerre survint, il fut amputé, renvoyé dans ses foyers. Plusieurs lois (1915, 1916, 1918, 1922) ayant été adoptées pour « réparer » les préjudices subis par les blessés et mutilés de la grande guerre, il put réintégrer l'armée et le fit en reprenant son métier de tailleur d'habits.
Il eut de la chance dans son malheur ! Car beaucoup d'hommes blessés, mutilés, ne purent reprendre le travail "d'avant" et durent abandonner leurs premiers métiers... Et les mutilés des jambes eurent plus de mal que les autres à reprendre une activité. Notamment les agriculteurs, les travaux dans les champs devenant quasiment impossibles..

Il fut nommé à l'emploi de Maître tailleur au 6ème train en mars 1920, puis affecté en août 1925 au 14ème RTA (Régiment de Tirailleurs Algériens), en septembre 1936 au 7ème RTM (Régiment de Tirailleurs Marocains) jusqu'en août 1941, date à laquelle atteint par la limite d'âge, il fit valoir ses droits à la retraite.

Je suppose qu'un maître tailleur dans l'armée, en 1920 et les années suivantes, jusqu'en 1941, pour lui, est chargé de la confection des uniformes, de leurs retouches ? Alphonse s'occupait-il également, si besoin, du montage des décorations ? de leurs galonnages ? de la fourniture des coiffes et de leurs galonnages ? Je n'ai pas encore eu suffisamment de disponibilité pour pousser mes recherches sur ce métier de maître tailleur d'habits dans l'armée...

Ses deux enfants, des fils, furent toujours élégants, bien habillés et tirés à quatre épingles. Alphonse s'occupa t-il de leurs garde-robes ?
Il nous offrit, à ma soeur et moi-même, lorsque nous étions enfants, deux machines à coudre "Elna Junior", répliques exactes des machines sur lesquelles il travaillait avec ses équipes. Elles sont encore en parfait état de marche.

Publié dans Challenge AZ 2015

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